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    11/12/2006

    Escale à Dakar

    C’est la première fois que je ressens l’épreuve de la page blanche. Voilà 3 mois que je vous raconte notre aventure et jusqu’à présent il faut le reconnaître, nous vivons plutôt des évènements positifs. Ce carnet de bord n’est pas un guide touristique, alors je vais continuer ainsi, même si ce chapitre risque de ne pas vous faire rêver.

     

    Mardi 31 octobre

    Journée repos, j’installe les moustiquaires sur les hublots, pendant que Karine est au CVD pour profiter d’Internet. Les enfants jouent avec leurs copains à construire une cabane, dans le parc du CVD.

     

    En soirée, je rejoins Karine, nous dînons avec Sébastien, et ses enfants Océane et Lancelot. Au menu : un ragoût servi par le restaurant « chez Aida »voisin du CVD, qui n’est en fait qu’une cuisine. Nous regardons les photos de la Casamance.

     

    Mercredi 1er novembre

    C’est un jour férié aujourd’hui, c’est une fête catholique, et malgré qu’il y a 95% de musulmans au Sénégal, ils bénéficient des fériés des deux religions. Nous prenons un taxi brousse, qui nous emmène à la police du port près du centre, pour 1500 F (CFA). Le bureau est fermé. Nous errons dans les rues, évidemment nous sommes abordés toutes les 5 secondes par les camelots que nous évitons poliment, nos tètes de blancs de toubab tout vrai arrivés les attirent. Leur politesse excessive est plutôt marrante, mais certains sont franchement collants, et ils nous suivent sur plusieurs centaines de mètre.  Nous arrivons Place de l’Indépendance. Je suis abordé par un noir qui ne me lâche pas, il nous raconte qu’il a vécu en France qu’il connaît bien notre région etc. il nous conseille de le suivre pour visiter la ville. Nous acceptons, car nous ressentions un peu d’insécurité, seuls dans les rues de Dakar.

     Nous prenons ensemble un taxi pour aller à la gare routière. Surprise ! Pas de bus ni de bâtiment, mais un champ de 504 Peugeot 7 places, avec leurs chauffeurs qui attendent et tous les camelots. C’est de là qu’il faut partir pour visiter le lac rose ou les villes voisines. Nous suivons notre guide dans les rues encombrées d’ordures, et surtout de tous ces hommes inactifs ou qui vendent tout et n’importe quoi. Même les marchés, ne sont que des capharnaüms. Cependant ils ont chacun une spécialité : Légumes, bois et artisanat, tissus et vêtements, bazar.

    Max (notre guide) nous emmène dans un atelier de confection de vêtements africains, c’est sans doute un copain. Nous essayons plusieurs vêtements, plutôt sympa, mais que nous n’aurions pas porté tous les jours. Les prix ne nous sont pas communiqués. Le choix étant fait, Max et le patron nous conduisent dans une cour pour négocier. Prix annoncé 95000  CFA pour 3 tenues d’enfant et 2 tenues d’adulte. Je leur explique que nous avons perdu notre temps, que les fringues en France sont beaucoup moins chères, et qu’il faut arrêter de nous prendre pour Crésus ! Ils sont un peu vexés et après un peu de cinéma, et de négociation nous repartons avec les tenues des enfants pour 23000 CFA. Yoan et Elodie ont faim et soif, nous nous arrêtons dans un restaurant pour goûter un poisson yassa. Nous continuons la ballade avec notre « ami » Max.  Il nous fait le coup du jeune papa : Il nous offre des bracelets et des colliers et en nous disant qu’il fait ça pour porter bonheur à son nouveau né, et qu’il espère un cadeau de notre part venant de France, bien sur nous n’avons rien sauf un petit billet. Vrai ou faux peu importe, il nous a guidé dans Dakar bien loin des sentiers touristiques, et nous n’aurions pas traversé certaines rues sans sa présence. Avant de se quitter, Max nous indique la direction de l’avenue G. Pompidou. Nous frappons à la porte d’un bel appartement. Nous avons l’adresse de Françoise et Jean-claude, français résidents à Dakar. Nous sommes très bien accueillis. Nous discutons jusqu’à la tombée de la nuit. Ils habitent en Afrique depuis 11 ans, dont 6 ans à Dakar et vont bientôt rentrer en France, ils en ont marre de ce pays, et de ses occupants. Après un petit apéro, nous prenons rendez-vous pour une autre visite guidée demain.

    Ils nous accompagnent en bas de l’immeuble pour nous trouver un taxi :

    « -Bonjour, ça va ? et la famille ça va ? (c’est la formule de politesse minimum pour lui passer la pommade et commencer une négociation) Combien tu prends pour l’anse Hann ?

    -4000.

    Trop cher on trouvera un autre taxi.

    Il klaxonne : 3000. »

    On se mettra d’accord sur 1800 CFA, une fois sorti de Dakar il nous demande vers quelle route il doit aller, je lui réponds :

    C’est toi le taximan, moi je suis le touriste je ne connais pas Dakar !

    Nous finissons par lui indiquer le chemin en demandant plusieurs fois notre route aux piétons. En arrivant, il a le culot de me demander plus d’argent à cause du temps perdu ! bon prince je lui laisse 2000 CFA.

    Nous rentrons au bateau, pour prendre une bonne douche, nos pieds sont très sales.

     

    Jeudi 2 novembre

    Levés de bonne heure, nous partons vers Dakar avec le même taxi qu’hier matin. Il nous dépose à la police du port. Un fonctionnaire nous reçoit. Pas pressé nous faisons les papiers. Tout va bien jusqu’à ce qu’il me dise qu’il garde notre acte de Francisation (la carte d’identité du bateau et la preuve de notre propriété) d’un ton ferme, je lui dis que je ne suis pas d’accord, j’ai amené des photocopies, le tiroir et son bureau dans lequel sont gardés les actes ne ferment pas à clé. Il est vexé et me dit que je lui impose ma loi. Je tente de lui expliquer qu’en France, aucun officier ne retient nos papiers puisque nous devons toujours les avoir sur nous. Karine sentant que la situation s’envenime, rattrape le coup en expliquant qu’on part dimanche et qu’il va falloir revenir demain soir chercher les papiers. Il est conciliant et me fait comprendre que s’il accepte c’est à cause de Madame.

    Pour ma part, j’avais entendu dire qu’ils ne gardaient pas systématiquement les papiers, c’est à la tète du client. En tout cas la fermeté ne marche pas !

    Notre taxi nous attend toujours et nous conduit chez Françoise. Après un délicieux jus de fruit, nous partons en quête des quelques courses que nous ayons à faire. Elle connaît bien le quartier. En sortant, elle est saluée par les lépreux de sa rue. Elle nous guide chez les meilleurs commerçants (souvent des libanais). Et nous déniche tout ce que nous avons besoin. Jean Claude nous rejoint en pizzeria à midi. Puis nous faisons un peu de tourisme dans les beaux quartiers près de la présidence, le quartier des affaires, où il y a un peu moins de misère, certains sont même visiblement très aisés. Françoise se fait autant aborder que nous par les marchands ambulants. La règle est de marcher vite et surtout ne pas déambuler. Nous apprenons beaucoup de choses :

    - Les petits enfants de 5 à 8 ans mendient, un mafieux prend leur économie contre un bol de riz dans le meilleur des cas.

    - Les enfants qui meurent à la porte de l’hôpital, parce que les parents ne peuvent pas payer les soins.

    - Les handicapés et les lépreux sont exclus du système, ils mendient sur le trottoir, sans fauteuil roulant. Les autres ne les aident pas. Françoise donne 1000 CFA par semaine aux lépreux en bas de chez elle, c’est ce que leur demande la mairie pour l’occupation du trottoir. C’est ça le social au Sénégal ! 

    Certains sont de faux handicapés, ou encore montrent bien leurs moignons pour mendier.

    - Moins grave, le gouvernement interdit l’importation des voitures de plus de 4 ans pour améliorer l’état du parc. Les Sénégalais ne peuvent pas se payer une voiture neuve, résultat ils entretiennent des voitures de plus de 15 ans qui polluent et créés souvent des accidents.

    - la construction anarchique sans aucune perspective d’avenir, les promoteurs en profitent. La population de 1 100 000 h double tous les 15 ans et les infrastructures ne suivent pas.

    -          Tout est histoire de corruption, comme le ramassage des déchets et bien d’autres.

    -          Les hommes prennent le salaire de leur femme qui travaille. Le sens de la famille n’existe qu’entre frères et pères.

    - Dans la rue c’est l’anarchie totale, ils ne respectent pas les règles de conduite, et aucune force de police n’est présente. En traversant sur les clous, une voiture a faillit m’écraser en passant au feu rouge, heureusement je faisais attention. Nous tenons Elodie et Yoan, constamment par la main.

    Pourtant les Sénégalais défilent dans les rues, tapant sur leurs jubés pour remercier leur président.

    Rester en ville serait insupportable à long terme, les ordures qui jonchent le sol, attirant rats, vautours et autres rapaces. Les sollicitations constantes, il est difficile de faire confiance à un vendeur qui essai de nous avoir en annonçant un prix 20 fois plus cher que le prix final. Pourtant nous étions « avertis » suite à notre précédent voyage en Tunisie. Nous ne prenons pas ces sollicitations pour des agressions, c’est même marrant parfois : Dans le taxi, un vendeur ambulant courant à coté de la voiture me propose des boites de thon au naturel ! Slips, chaussettes, balais, table à repasser, cotons tige, tout est valable pour se faire une petite plus-value. D’autre vendent du « service » comme Max notre guide. Mais aucun ne proposera de nous aider à porter un sac lourd pour avoir une petite pièce, ils sont trop fiers pour ça.  Les femmes font les taches les plus ingrates pour gagner de l’argent.

    Toutefois, malgré leur niveau de vie, il n’y a pratiquement pas d’agression ni de vol (à part les pickpockets), ils se montrent très polis respectueux et accueillants.

     

    En rentrant le soir, Même topo, nous négocions avec un taxi pour l’anse Hann, nous nous assurons qui connaît bien ce lieu. A la première intersection, il me demande où aller. Je suis un peu remonté ! Je lui indique le chemin, mais lors d’une déviation pour travaux nous nous perdons et de nuit je ne reconnais pas les rues. Les enfants s’en donnent à cœur joie pour rouspéter le taxi ! Elodie suggère que la prochaine fois on prenne un papier et un crayon pour faire un plan de l’itinéraire entre Dakar et le CVD, pas bête la fille !

    Nous demandons au taxi de faire demi-tour, mais il ne semble pas savoir manœuvrer, il a sûrement acheté son permis de conduire comme bien d’autre ! Finalement, il crève, nous descendons et lui payons la moitié de sa course et attendons un autre taxi. Nous demandons la bonne direction à d’autres automobilistes, espérant tomber sur quelqu’un de sympa voulant bien nous emmener. Faut pas rêver. Un taxi passe, il faut encore négocier en faisant mine de partir pour baisser le prix de 3 fois. Il nous dit qu’il connaît l’anse Hann, mais il se dirige vers Dakar sans se préoccuper de nos indications. On commence à connaître le secteur ! Arrivé au centre de Dakar, le ton monte, je lui demande fermement de nous écouter, mais il parle à peine le français. En fait, il accepte une course sans comprendre où nous allons. Il s’arrête pour demander son chemin à des gardiens en wolof, nous leur expliquons notre destination, et les gardiens font la traduction à notre chauffeur. Nous arrivons enfin à l’anse Hann après Deux heures pour faire 5 Km. Lui aussi me demande un peu plus d’argent, je l’envoie balader :

    « Quand tu nous a pris on était à 2 Km d’ici, je ne t’ai pas demander de retourner à Dakar, si on a fait 10 Km c’est de ta faute »

     

    Nous entrons au CVD, un havre de paix. Sébastien nous invite à table, sa Femme Isabelle vient de rentrer de France, et une petite fête est organisée. Les enfants tirent un feu d’artifice sur la plage, pendant que nous discutons du sujet « école à bord ».

     

    vendredi 3 novembre

    Nous faisons une croix sur la visite du lac rose, attrape touristes, où nous serons encore très sollicités. D’autre part Yoan est malade. Je dépose un sac de lessive à la femme courageuse qui lave à la main le linge de presque tous les équipages, et je confie le booster chez le voilier pour réparation, on négociera le prix de la réparation demain.

    Il y a au CVD, une femme seule, très gentille, qui vend des pastelles (beignets) et ne demande rien. Nous avons discuté avec elle les jours passés, elle a 9 enfants en charge avec ceux de sa sœur malade. Elle n’a pas d’homme pour subvenir financièrement. Karine lui a donné un peu de vêtements et des livres, Elle est très contente de notre geste. Sa fille qui l’accompagnait nous a remercié aussi à sa façon pour une paire de chaussure.

    Bricolage, Internet, la journée passe vite, mais paisiblement…

    Nous goûtons aux boissons et tisanes africaines que Françoise nous a fait découvrir. Nous en avons acheté un grand stock, car il suffit de mélanger les sachets avec de l’eau. Ananas Gingembre, Bissap, cola…

     

    Et les jours suivants ?

    Nous sommes le samedi 11 novembre. « Inch Alla », comme ils disent ici (si dieu veut). Toujours à Dakar, une semaine de trop.

    Yoan est tombé malade 39,8° et vomissements, nous passons beaucoup de temps chez Françoise et Jean-claude que nous remercions beaucoup. Ils sont très bien situés, médecin, labo et pharmacien sont à coté. Rien de grave, juste une intoxication intestinale. Il a du boire de l’eau là où il ne fallait pas.

    Dimanche, nous avons passé la journée à l’île de Gorée, à une heure de bateau de l’anse Hann. Enfin de l’eau claire, baignade, nettoyage de la coque du bateau.

    Très belle île, bâtiments très colorés, C’est le repère des artistes, peintres et artisans vendent leurs œuvres aux nombreux touristes. Nous visitons un musée sur le Sénégal, puis la maison des esclaves, lieu symbolique qui à été restauré par la France en 1990. Nous déambulons dans les cases ou étaient stocké les nègres. Nous rentrons à la voile avant la nuit.

    Au CVD, lors d’un apéro anniversaire, une fusée de feu d’artifice atterri aux pieds de Karine, les brûlures se soignent, la robe n’a pas brûlé.

    Ensuite c’est notre ordinateur qui s’est planté. Il fallait  réinstaller Windows, sans perdre les données. Nous l’avons confier dans la meilleure boite d’informatique de Dakar. Ils ont réussi au bout de trois jours. Après, il faut tout réinstaller !

    Ces petites galères nous font perdre du temps dans notre programme, des ballades en taxi qu’on se passerait bien (bouchons et pollution), des ennuis pour trouver de l’argent liquide… tout prend du temps ici, c’est une école de patience.  Les fréquentes pannes d’électricité, l’accès à Internet nous confirment que nous sommes bien en Afrique. Il fait chaud 35° la journée 30° la nuit, très humide et sans aucun vent. Nous dormons mal e nous n’osons plus nous baigner dans la baie de Hann.

    Nous passons beaucoup de temps au CVD, les enfants sont complètements autonomes : Yoan et Lancelot sont arrivés à faire du change, pour acheter des boissons dans une cahute, beaucoup moins cher qu’au bar du CVD. Ils achètent aussi des pétards.

    Elodie est aux anges ici, les chiens et les chats du CVD, les séances de poney au centre équestre voisin, ses copines Océane, Maëlle et Jennifer… elle resterait bien là plus longtemps. Aujourd’hui elle montre à ses amis son poney Malabar, et font de l’équitation ensemble. les enfants dorment à tour de rôle chez la Catherine ou sur Sabeline.

    « Maman, est-ce qu’on pourra revenir chercher Malabar en voiture quand on reviendra de notre voyage ? »

    Hier soir nous avons dîner dans un bon restaurant gastronomique Français (la Corvette) à deux pas du CVD, avec Isabelle, Seb, et Evelyne juste arrivée de Casamance.

    Nous allons bientôt quitter Dakar pour le delta du Saloum et la Casamance, en laissant notre booster en réparation au CVD, mais avec un nouvel équipier : un petit chat recueilli dans notre quartier, que nous avons pris soin de laver 2 fois au savon de Marseille et de retirer toutes ses puces, pour montrer patte blanche avant de monter à bord. Nous l’appellerons : Dakar.

    Nous garderons un souvenir mitigé de la ville de Dakar, ce n’est pas une étape que nous conseillerons, mais c’est une expérience à vivre.  La misère côtoie la richesse excessive et c’est difficile à supporter. La poussière et la pollution n’arrangent rien. Nous pensions trouver une capitale européanisée et propre.

    Le Cercle de Voile de Dakar est très agréable, c’est une association, l’ambiance est bonne et certains y résident depuis très longtemps.

     

    « Nous on n’est pas comme les moustiques, d’accord on est collant, mais nous on pique pas » parole de Wolof.

     

    Histoire drôle de Michel au CVD :

    Pendant des années, j'ai mis ma fatigue sur le compte du manque de vitamines, de la pollution, du cholestérol. De la morosité ambiante, du bruit fait par les voisins, des embarras  gastriques chroniques, enfin, toutes les choses qui nous font demander si la vie vaut d'être vécue.

    J'ai enfin fini par réaliser qu'il n'en était rien, je suis fatigué parce que je travaille trop.

    La population de ce pays et de 55 millions d'habitants sur lesquels 21 millions sont retraités, ce qui fait 34 millions de citoyens pour travailler. Si l'on retire encore 19 millions d'étudiants, d'écoliers, plus 3 millions de chômeurs, plus 5 millions de fonctionnaires ou assimilé, il ne reste plus que 7 millions de clampins pour bosser. En soustrayant les 2 millions de militaires, les 4 millions d'immigrés, les 620 000 personnes hospitalisées et les 379 998 taulards, il ne reste plus que deux pauvres cons pour faire le boulot.

    Toi et moi.

    Toi, tu glandes-là, assis sur ton cul à lire ces conneries...

    C'est pas étonnant que je sois surmené.